Au 21e étage du luxueux Oceania Business Plaza, dans le cœur financier de Panama City, les bureaux sont vides et le silence n’est rompu que par le personnel d’un cabinet d’avocats.
Selon les documents officiels, c’est ici que devrait battre le cœur opérationnel de Polymarket, la plateforme de prédictions qui déplace des milliards de dollars en paris sur l’avenir du monde. Cependant, lorsque les journalistes ont frappé à la porte, la réponse a été déconcertante : « Nous n’avons jamais entendu parler de Polymarket ».
Cet écart entre succès numérique fulgurant et inertie physique a ouvert un débat épineux dans le pays sur les soi-disant « sociétés papetières ». Polymarket, selon un rapport, a atterri légalement au Panama sous le nom d’Adventure One QSS Inc. après un passage mouvementé aux États-Unis, où en 2022, elle a payé une amende de 1,4 million de dollars à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) pour avoir opéré sans enregistrement.
Cependant, son cabinet n’est rien d’autre que le siège légal du cabinet García de Paredes Abogados, une pratique juridique qui se heurte aujourd’hui aux nouvelles exigences de transparence.
Bien que le rapport de NPR se soit concentré sur Polymarket, le chiffre des agents résidents permet à une seule adresse (comme le 21e étage de l’Oceania Business Plaza) d’héberger légalement des centaines, voire des milliers d’entreprises. Il ne s’agit pas de données publiques faciles à quantifier sans accès au Registre public, mais il s’agit d’une pratique systémique où le bureau n’appartient pas à l’entreprise, il appartient au cabinet d’avocats qui le représente.
Paradoxalement, alors qu’au Panama sa présence ne fait qu’une trace d’encre, Shayne Coplan, PDG de Polymarket, a été recruté en février 2026 par la CFTC elle-même pour rejoindre son nouveau comité consultatif sur l’innovation financière, siégeant aux côtés de l’élite du secteur pour repenser la surveillance des marchés, comme le rapportait alors CriptoNoticias.
Cette reconnaissance dans les hautes sphères réglementaires des États-Unis contraste avec l’ombre de suspicion qui plane encore sur les structures des entreprises de l’isthme. Pour les analystes locaux, la légitimité institutionnelle n’élimine pas l’urgence de revoir le fonctionnement de ces plateformes en coulisses.
Jusqu’à présent, il n’existe aucun plan public. Polymarché a fait profil bas concernant ses infrastructures au Panama. Leur stratégie semble être celle d’un minimum de conformité légale : tant que la loi actuelle n’exige pas d’employés ou de mètres carrés, ils n’ont aucune incitation financière à changer leur modèle offshore pour un modèle de bureau traditionnel.
Il n’existe également aucune publication connue, déclaration officielle de l’entreprise, ni réponse ou réaction sur ce sujet spécifique. L’entreprise n’a pas répondu aux demandes des médias panaméens ou internationaux.
Le poids de la substance économique au Panama
Rodrigo Icaza, président de la Chambre du numérique et de la blockchain du Panama, a expliqué en exclusivité à CriptoNoticias que cette affaire ravive les fantômes des Panama Papers, bien que dans un cadre juridique différent.
Icaza a souligné :
De nombreuses sociétés de crypto-monnaie s’enregistrent en raison de la flexibilité juridique du Panama, mais n’opèrent pas et ne fournissent pas de services dans le pays. Le débat clé désormais porte sur la substance économique ; Si un projet ne démontre pas une réelle exploitation dans le pays, un impôt sur le revenu passif de 15 % est estimé pour empêcher que le chiffre d’enregistrement soit utilisé pour éviter des engagements fiscaux.
Rodrigo Icaza.
Cette analyse coïncide avec une réforme du code des impôts que l’Exécutif a soumise à l’Assemblée nationale en séances extraordinaires, dans le but de garantir que le pays génère des revenus tangibles grâce à ces startups numériques.
Actuellement, en vertu du principe de territorialité, ces entreprises ne paient pas d’impôts au Panama si leurs revenus sont générés en dehors de leur territoire, ce qui, selon des députés comme Eduardo Gaitán, apporte peu de bénéfices économiques et peu d’emplois locaux.
Si la proposition législative devient loi, les entreprises ou les startups devront démontrer une substance économique au Panama, c’est-à-dire une réelle activité dans le pays. Dans le cas contraire, un impôt sur le revenu passif serait estimé à 15 %, ce qui impacterait les sociétés d’actifs numériques en termes de coûts. L’objectif est de garantir des revenus au pays et d’éviter que le chiffre des inscriptions au Panama ne soit utilisé pour éviter des engagements fiscaux et fiscaux.
Rodrigo Icaza.
Ce phénomène révèle une collision frontale entre l’économie traditionnelle, ancrée dans la présence, et une ère numérique où les assistants virtuels fournissent des services et sont payés en crypto-monnaies sans frontières physiques.
Pour Icaza, cette convergence de concepts est ce qui impose aujourd’hui le débat sur le contenu économique à l’Assemblée nationale, qui a étendu ses fonctions à une période extraordinaire pour décider de l’avenir de cette loi.
Le résultat de ce débat législatif marquera un avant et un après dans la structure des coûts pour les entreprises du secteur, déterminant si le Panama parvient à intégrer ces nouvelles formes d’activité économique ou si la charge fiscale limitera sa compétitivité dans l’écosystème mondial.