Une proposition de Washington pourrait modifier l’un des rythmes fondamentaux des marchés américains : la fréquence à laquelle les entreprises publiques doivent publier des rapports trimestriels.
La SEC préparerait une proposition qui rendrait facultatif le reporting trimestriel, permettant aux entreprises de déposer des mises à jour financières deux fois par an au lieu de quatre fois. Les partisans du projet affirment que le système actuel nourrit une réflexion à court terme et augmente les coûts.
Les opposants préviennent que moins d’enregistrements obligatoires laisseraient aux investisseurs une vision plus floue de la réalité de l’entreprise et un écart beaucoup plus grand entre les initiés et le reste du monde.
Cela constitue une énorme surprise de la part de la SEC, l’agence que la plupart des gens associent au fait d’obliger les entreprises à divulguer davantage.
Les sociétés publiques fonctionnent actuellement selon un rythme de reporting régulier, et les investisseurs savent que tous les trois mois, ils recevront une nouvelle mise à jour standardisée montrant l’évolution de l’entreprise. Si ce rythme est perturbé, le marché recevra toujours des informations, mais pas selon un calendrier fixe et pas dans un format qui facilite les comparaisons entre entreprises et trimestres.
Ce que fait le système actuel et ce qui pourrait disparaître
La divulgation des sociétés publiques américaines se divise en trois catégories.
Tout d’abord, il y a le rapport annuel : le dossier long et complet qui couvre l’entreprise, ses risques et ses états financiers audités. Deuxièmement, il existe des rapports trimestriels, des mises à jour régulières qui donnent aux investisseurs des états financiers non audités et des explications de la direction sur ce qui a changé dans l’entreprise. Troisièmement, il existe des divulgations événementielles. Si une entreprise signe une transaction importante, perd son auditeur, réalise une acquisition importante ou traverse un autre événement important, elle doit en informer le marché par le biais d’un dossier distinct.
Cette structure donne aux investisseurs une cadence agréable et prévisible.
La meilleure façon de comprendre les effets de cette proposition est de se concentrer sur ce qui reste et sur ce qui disparaît.
Les rapports annuels et événementiels existeraient toujours, et la seule chose qui serait supprimée serait les informations trimestrielles standardisées et programmées entre les rapports annuels.
Si cette exigence devient facultative, certaines entreprises pourraient encore publier des rapports chaque trimestre parce que leurs investisseurs s’y attendent. D’autres peuvent décider que deux fois par an suffisent. Le marché continuerait à en entendre parler, même si la cadence se relâcherait et que le nombre de points de contrôle entre pommes et pommes diminuerait.
Dans la configuration actuelle, une entreprise qui connaît un printemps difficile doit présenter aux investisseurs une mise à jour formelle quelques mois plus tard. Dans le cadre d’un système semestriel, cette même entreprise pourrait disposer de plus de marge de manœuvre avant de devoir fournir un instantané standardisé.
Le plus gros problème ici n’est donc pas le manque d’informations, mais plutôt l’intervalle plus long entre les divulgations obligatoires.
Pourquoi les partisans veulent cela et pourquoi les critiques ne le veulent pas
Les partisans de cette idée avancent un argument sérieux. Leur cas part de la conviction que les rapports trimestriels poussent les dirigeants vers l’objectif trimestriel suivant plutôt que vers le prochain plan quinquennal.
Ils estiment que le marché est devenu trop obsédé par les chiffres à court terme. Les dirigeants gèrent le trimestre, les investisseurs réagissent aux écarts et aux échecs, et les entreprises consacrent du temps et de l’argent à produire des documents susceptibles d’encourager une prise de décision défensive plutôt qu’un investissement à long terme.
Selon ses partisans, des exigences de reporting plus légères pourraient réduire les coûts de conformité, alléger la pression sur les équipes de direction et rendre les marchés publics plus attractifs à une époque où de nombreuses entreprises préfèrent rester privées plus longtemps.
Il existe également des arguments internationaux en faveur du changement. L’Europe et le Royaume-Uni ont abandonné la déclaration trimestrielle obligatoire il y a des années, et le Canada débat de réformes similaires. Les partisans ont cité ces exemples et ont soutenu que des informations trimestrielles moins rigides n’ont brisé aucun de ces marchés.
Mais les critiques voient le compromis très différemment.
Leur argument commence par un point simple, à savoir que la divulgation volontaire n’est pas la même chose que la divulgation obligatoire. Une entreprise qui choisit quoi partager et quand le partager n’offre pas aux investisseurs ordinaires la même protection en raison d’une règle qui oblige tout le monde à respecter le même calendrier.
Avec moins de dépôts obligatoires, les investisseurs bénéficieront de moins de points de contrôle clairs et les mauvaises nouvelles auront plus de place entre les mises à jour officielles. Les grandes institutions et les professionnels bien connectés pourraient être mieux placés pour reconstituer ce qui se passe grâce à l’accès de la direction, aux contacts du secteur et aux données alternatives, pendant que les investisseurs particuliers attendent le prochain dépôt requis. Et lorsque les chiffres arriveront enfin, la réaction pourrait être beaucoup plus volatile qu’après un rapport trimestriel, simplement parce que davantage d’incertitude s’est accumulée dans l’écart.
Les partisans voient un soulagement face aux pressions à court terme, et les critiques voient moins de transparence, une comparabilité plus faible et un fossé d’information plus large entre les initiés et tout le monde.
Pourquoi les investisseurs particuliers devraient-ils se soucier des rapports trimestriels ?
Les effets de cette proposition ne se limitent pas aux entreprises et toucheront toute personne disposant d’un fonds indiciel, d’une pension, d’un 401(k), d’un ETF ou d’un compte de courtage.
Même si la plupart des investisseurs n’ouvrent jamais de dossier trimestriel, ils bénéficient néanmoins du fait de vivre dans un marché où les entreprises publiques savent qu’elles doivent revenir avec un nouvel ensemble de chiffres et d’explications tous les trois mois.
Cette routine est ce qui crée la confiance, discipline les équipes de direction et donne à chacun, des analystes et régulateurs aux investisseurs, un ensemble commun de points de contrôle. Même les personnes qui ne lisent jamais les documents elles-mêmes bénéficient du fait que d’autres personnes peuvent les lire et les lisent selon un calendrier prévisible.
C’est pourquoi cette proposition annoncée s’inscrit dans un climat plus large favorable aux émetteurs à Washington.
Cela reflète un climat réglementaire plus favorable à la réduction des charges pesant sur les entreprises et plus disposé à se demander si les protections des investisseurs fondées sur une divulgation régulière sont trop exigeantes.
Les États-Unis ne seraient pas seuls s’ils avançaient dans cette direction. D’autres marchés développés ont déjà assoupli des règles similaires. Cela ne règle toutefois pas la question pour les investisseurs américains. Un marché peut continuer à fonctionner avec moins de contrôles officiels. Mais la question la plus urgente est de savoir quel type de marché cela crée et qui supporte le coût de cette incertitude supplémentaire.
Cette proposition est bien plus vaste qu’une révision des règles de dépôt, car il ne s’agit pas vraiment de paperasse. Il s’agit de savoir si les entreprises publiques devraient continuer à montrer leur travail selon un calendrier fixe et si les investisseurs ordinaires peuvent continuer à faire confiance à un marché qui leur demande d’accepter une visibilité moins obligatoire sur les entreprises américaines.