Le ministère des Droits sociaux, de la Consommation et de l’Agenda 2030 a ouvert un dossier de sanctions contre les plateformes de marché de prédiction Polymarket et Kalshi et a ordonné leur blocage préventif en Espagne pour exploitation sans la licence requise pour les activités de jeux de hasard.
Selon le communiqué officiel publié ce lundi 25 mai, les deux plateformes proposeraient des services de paris sur des événements à venir sans l’autorisation de la Direction générale de la régulation des jeux de hasard (DGOJ). La notification a été faite par le biais du Journal Officiel de l’État (BOE) après ne pas pouvoir contacter directement les opérateursbasé à l’étranger.
C’est pourquoi ils nécessitent des licences administratives, des systèmes de vérification des utilisateurs, la protection des mineurs, des mesures contre le blanchiment d’argent et des outils de jeu responsable.
Polymarket, en particulier, est l’une des plateformes les plus populaires de l’écosystème des cryptomonnaies. Il opère sur le réseau Polygon et utilise le stablecoin USDC pour ses contrats de prédiction, permettant aux utilisateurs d’acheter et de vendre des actions en fonction des résultats des élections, des indicateurs économiques, des événements sportifs ou géopolitiques, comme le rapporte CriptoNoticias.
Kalshi, pour sa part, travaille avec un modèle similaire bien que plus axé sur les marchés réglementés aux États-Unis. La DGOJ classe ces marchés de prédiction comme jeux de hasard lorsqu’ils impliquent des paris sur des résultats incertains.
Débat réglementaire sur la fermeture de Polymarket
Cette décision relance le débat entre innovation technologique et protection des consommateurs. Alors que les autorités espagnoles défendent la nécessité de réglementer ces plateformes pour avoir des garanties et éviter les risques associés aux jeux de hasard, d’autres secteurs soutiennent que les marchés de prédiction décentralisés représentent un outil avancé pour découvrir des informations et les prix du marché de manière plus efficace que les mécanismes traditionnels.
C’est la position de Kiko Llaneras, responsable des données au journal espagnol El País, qui écrivait récemment : “Ces plateformes offrent une intelligence instantanée. (…) Avec trois minutes dans Polymarket, vous avez une estimation raisonnable. ”
Et il a ajouté : « Les marchés monétaires ont aussi des vertus. (…) Ce qui n’a pas de sens, c’est d’amputer tout l’instrument en raison de ses pires utilisations.
Polymarket a acquis une importance particulière après les élections présidentielles américaines de 2024, où ses volumes d’exploitation ont parfois dépassé ceux des grandes maisons de paris traditionnelles. Cette croissance a suscité à la fois l’enthousiasme des investisseurs et des analystes et l’inquiétude des régulateurs.
La procédure de sanction, dont la résolution est estimée à trois à quatre mois, comprend le blocage technique des sites Internet, qui deviendra effectif dans les prochains jours. Il est possible que ce mardi 26 ou mercredi 27 mai, les utilisateurs espagnols puissent encore accéder à la plateforme, avant que le blocage ne soit exécuté.
Les utilisateurs essayant d’accéder verront un message avertissant qu’il s’agit d’un opérateur non autorisé. Avec cette mesure, l’Espagne s’aligne sur une tendance réglementaire plus stricte vers les plateformes combinant des éléments de jeu, de finance et de crypto-monnaies.
En Amérique latine, des pays comme l’Argentine, le Brésil et la Colombie ont également bloqué la plateforme pour leurs concitoyens.
Cette affaire met en lumière les défis auxquels sont confrontés les régulateurs européens pour trouver un équilibre entre la protection des utilisateurs et le développement de nouvelles technologies financières dans un marché de plus en plus mondialisé.